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Revue Présence Africaine n° 181-182

Revue Présence Africaine n° 181-182

9782708708242


58,80 € TTC

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 Le Centenaire Alioune Diop : l’honneur d’après

 

Au moment où on célèbre le cinquantenaire des indépendances, la revue célèbre le centenaire de la naissance d’Alioune Diop. Les deux événements qui semblent fortuits relèvent pourtant de la même logique. Pendant que se déploie dans les capitales africaines un festin intellectuel jubilatoire et interrogateur mêlé d’un orgueil fort compréhensible, la revue tient à donner une place à celui qui a consacré sa vie à la noble tâche de construire pour l’Afrique un discours de rationalité scientifique.
On ne dira pas l’impact de cette obstination dans l’avènement des peuples africains, dans la reconnaissance de leur capacité de sentir, dire et discuter, dans la mise en commun pour le bien de tous des cultures noires au premier rang desquelles la culture africaine comme mode de construction, d’invention et de reconnaissance d’un monde nouveau.
Ce sont tous les aspects de cette aventure intellectuelle (et bien d’autres encore) qu’ont relevé les participants au colloque du Centenaire Alioune Diop dont le présent volume reprend les Actes. Les participants ont bien souligné : la portée de l’oeuvre du fondateur de la revue
Présence Africaine et de la maison d’édition du même nom ; le militantisme intransigeant de celui qui avait accompli dans sa longue carrière professionnelle d’enseignant une brève période politique de sénateur de l’Afrique de l’Ouest pour le Sénégal avant de se lancer dans une entreprise fort éloignée des contraintes du politique mais bien respectueuse de ses exigences : une politique de la culture.
Cette entreprise a su fédérer sur une base intellectuelle (et pas seulement) tous les intellectuels nègres (sans exclure les autres bien évidemment) du monde entier. La tâche exigeait une certaine humilité, une capacité à fédérer là où toutes les fédérations allaient se déliter ; une aptitude à servir d’aiguillon dans la résolution des problèmes que posaient le devenir commun et l’autonomie des peuples ; une volonté jamais démentie de créer et de maintenir pendant plus d’un demi-siècle un espace de libres conversations, d’utiles entretiens et de nécessaire reconnaissance entre les Noirs d’Afrique, des Antilles, et des Amériques, mais aussi entre les générations successives composant ces peuples.
La célébration du Centenaire a ainsi fourni l’occasion de revenir sur ce qui est et reste dans l’esprit d’Alioune Diop, au-delà de tout, la raison d’être essentielle de cette entreprise intellectuelle : transmettre. Son souci pour la transmission s’est très tôt manifesté dans la revue par l’ouverture d’une tribune spéciale (« Les étudiants noirs parlent ») visant à donner la parole aux jeunes. Il s’est poursuivi par sa volonté d’associer ces derniers aux réflexions initiées sur des sujets divers (dans les domaines de l’éducation, la santé, la religion, la philosophie, l’histoire, etc.) au cours de sa vie avec la ferme intention de concilier discours et
pratique, acte et pensée, savoir et pouvoir. C’est bien sur cette raison essentielle qu’il faut revenir un instant, afin de (re) penser l’avenir.
En effet, l’enseignement qu’on doit tirer de ces festivités en l’honneur d’Alioune Diop c’est qu’elles nous poussent à poser les bases d’une transmission qui serait digne, efficace et qui honorerait la mémoire du fondateur de la revue. Le fonctionnement de celle-ci, on le sait, avait reposé, dès le départ sur une certaine connivence – respectueuse des identités et de l’histoire de chacun – entre les intellectuels noirs et les intellectuels blancs européens. Après avoir apporté leur caution à la constitution du premier numéro, ces intellectuels en étaient venus progressivement à proposer ici quelques-unes de leurs réflexions, nourrissant de fait, de leur regard et de leur expertise, les débats internes à la communauté noire, débats qui étaient partie intégrante des débats du et sur le monde. Le soutien qui s’était ainsi mû en une collaboration régulière a participé indéniablement à la visibilité de la revue dans le champ intellectuel noir et français, européen et international et à la pertinence d’un discours dans (et sur) le monde noir – dont on peut mesurer l’impact encore aujourd’hui.
À ce premier enseignement doit être ajouté un second, lié quant à lui, à la diversité des lieux de production de la pensée du monde noir aussi bien en Europe, en Afrique, aux Amériques qu’aux Antilles. La particularité de cette revue est d’avoir parlé à tous et à chacun dans les langues de communication et de connivence de tous ; d’avoir été le centre de convergence de toutes les pensées nègres exprimées dans les langues d’adoption des peuples noirs.
Paradoxalement les succès de l’entreprise d’hier et les contributions aux unités africaines et nègres ont entraîné la création d’entreprises intellectuelles du même type dans la plupart des anciens pays colonisés. L’histoire de ces dernières a montré que sur le plan culturel, les unités nationales, les identités des peuples se sont aussi construites sur la base d’une reconnaissance de la culture comme vecteur de développement. Toutefois, à la différence de ces entreprises qui ne sont que ses déploiements locaux, régionaux ou nationaux, la revue Présence Africaine présente encore aujourd’hui la qualité d’être, et de loin, l’organe de référence et d’unité, le lieu de rassemblement des forces vives du continent et de ses diasporas.
Être et demeurer le gage de cette unité du monde noir, la voix des continents noirs, le porte-parole des jeunes qui construisent dans le monde noir de nouvelles nations et de nouvelles formes de solidarité, telles sont les ambitions que la revue doit incarner. Le Centenaire d’Alioune Diop doit servir d’appel à la mobilisation générale de tous, en Afrique et dans le monde. C’est ainsi et ainsi seulement qu’en le célébrant aujourd’hui, nous serons dignes de lui rendre en même temps son honneur d’après, celui par lequel son entreprise devra survivre pour les 100 ans à venir.


Romuald Fonkoua

 

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